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Passer de micro-entreprise à société (EURL ou SASU) : à quel chiffre d’affaires est-ce rentable ?

27 octobre 2026 · Arnaud - Entrepreneur Facile · 10 min de lecture
Passer de micro-entreprise à société (EURL ou SASU) - à quel chiffre d'affaires est-ce rentable

Passer de micro-entreprise à société relève plus du calcul que du plafond. Tant que votre chiffre d’affaires reste modeste et vos frais faibles, la micro est difficile à battre : pas de comptable, des cotisations proportionnelles à ce que vous encaissez. Mais quand vos charges réelles représentent un quart de votre activité, le forfait finit par vous coûter de l’argent.

Cet article chiffre le point de bascule à 40, 60 et 80 k€ de chiffre d’affaires, puis détaille les démarches. Le plafond n’est qu’un paramètre parmi d’autres (nous le détaillons dans notre dossier sur le plafond auto-entrepreneur). Pour comprendre ce que coûtent les cotisations en société, notre article sur le calcul des cotisations d’un indépendant TNS au réel complète utilement le sujet.

Passer de micro-entreprise à société : les signaux et cinq idées à retenir

Plusieurs signes montrent que la micro ne vous sert plus. Votre chiffre d’affaires dépasse 70 % du plafond de votre activité. Vos frais réels (logiciels, sous-traitance, local, matériel) pèsent plus lourd que l’abattement forfaitaire que l’administration applique à votre place. Un client ou un banquier réclame une société, ou vous voulez vous associer, ce qui est impossible en entreprise individuelle.

Selon Bercy, cet abattement est de 71 % pour la vente, de 50 % pour les services commerciaux ou artisanaux et de 34 % pour les professions libérales. Si vos dépenses réelles dépassent ce pourcentage, le régime réel devient intéressant pour l’impôt. Côté cotisations, le calcul est différent, comme la suite le montre.

Voici les cinq idées à retenir avant de plonger dans les chiffres :

  • La micro reste imbattable tant que vos charges réelles sont faibles et que vous n’avez aucun investissement à déduire.
  • Avec 25 % de charges réelles, l’équilibre entre micro et EURL se situe autour de 64 000 € de chiffre d’affaires, avant impôt sur le revenu.
  • La SASU rapporte moins en net qu’une EURL si vous vous versez tout en salaire, mais elle vous rattache au régime général de la Sécurité sociale.
  • Le plafond ne vous fait quitter la micro qu’après deux années de dépassement, alors que la TVA s’applique tout de suite au-delà du seuil de tolérance.
  • Une société coûte un comptable, des formalités et une trésorerie plus tendue : ce coût fixe détermine le seuil.

Pourquoi quitter la micro-entreprise pour une société : plafonds et charges non déductibles

Pour 2026, les plafonds de chiffre d’affaires sont de 83 600 € pour les prestations de services et de 203 100 € pour la vente de marchandises et l’hébergement. Le BOFiP les fixe pour la période 2026-2028. En activité mixte, le total ne peut dépasser 203 100 €, dont 83 600 € au maximum pour les services.

La franchise de TVA obéit à d’autres seuils : 37 500 € (41 250 € en tolérance) pour les services, 85 000 € (93 500 €) pour la vente, d’après Bercy. Un prestataire de services peut donc facturer de la TVA bien avant d’atteindre 83 600 €.

Reste le vrai défaut de la micro : les charges ne sont pas déductibles. D’après Le Freelance, les cotisations 2026 atteignent 12,3 % du chiffre d’affaires pour la vente, 21,2 % pour les services commerciaux et artisanaux et 25,6 % pour les autres activités libérales. Vous payez ce pourcentage sur tout ce que vous encaissez, y compris la part qui part en sous-traitance ou en matériel. Un indépendant en BNC qui facture 60 000 € verse 15 360 € de cotisations, qu’il ait 5 000 € ou 15 000 € de frais. Notre tableau des taux de cotisations Urssaf donne le détail par activité.

Micro, EURL ou SASU : comparatif net en poche à 40, 60 et 80 k€ de chiffre d’affaires

Les hypothèses sont les suivantes : un prestataire en BNC (cotisations de 25,6 % en micro), des charges réelles égales à 25 % du chiffre d’affaires, un comptable à 1 500 € par an (estimation à remplacer par un devis), une EURL à l’impôt sur le revenu dont les cotisations représentent environ 45 % de la rémunération nette (soit près de 31 % du résultat), et une SASU où tout le résultat sort en salaire, à raison de 1 000 € nets pour 1 800 € de coût employeur. Ces ordres de grandeur viennent de Le Freelance.

Chiffre d’affaires Micro (net avant impôt) EURL (net avant impôt) SASU, tout en salaire
40 000 € 19 760 € 19 200 € 15 800 €
60 000 € 29 640 € 29 550 € 24 200 €
80 000 € 39 520 € 39 900 € 32 500 €

La micro l’emporte jusqu’à environ 64 000 €, puis l’EURL prend l’avantage. La SASU reste derrière en salaire pur : elle compense par une protection sociale de salarié (sans assurance chômage) et par la possibilité de se verser des dividendes, taxés à 31,4 % de flat tax mais sans cotisations.

Attention, ces montants s’entendent avant impôt sur le revenu. Or l’EURL est imposée sur son bénéfice réel, alors que la micro l’est sur 66 % du chiffre d’affaires. À 60 000 €, la base imposable tourne autour de 29 600 € en EURL contre 39 600 € en micro : l’écart fiscal avance en pratique le point de bascule.

Exemple chiffré avec 25 % de charges réelles

Prenons une consultante qui facture 60 000 € par an avec 15 000 € de charges réelles. En micro, elle règle 15 360 € de cotisations (25,6 % de 60 000 €). Il lui reste 60 000 − 15 000 − 15 360 = 29 640 €, avant impôt.

En EURL, son résultat avant cotisations est de 45 000 €. Les cotisations, à 31 % environ, s’élèvent à 13 950 €. Après 1 500 € de comptable, il lui reste 29 550 €. Le gain social est quasi nul à ce niveau, mais la base imposable est nettement plus basse, ce qui change la facture d’impôt.

La formule du seuil est simple : frais de comptable divisés par l’écart de rendement entre les deux régimes. Avec 25 % de charges, l’EURL garde 51,75 % du chiffre d’affaires avant comptable, contre 49,4 % en micro : 1 500 / 0,0235 donne environ 63 800 €. Avec 40 % de charges, la bascule se joue dès 21 000 € environ. Avec 10 %, la micro reste devant à tous les niveaux, avant impôt.

Ces résultats varient avec votre activité : une vente de marchandises, par exemple, a des cotisations de 12,3 % seulement, ce qui déplace tout le calcul. Refaites-le avec vos propres taux.

Les démarches : création, radiation, reprise de clientèle et ACRE perdue

Passer de micro-entreprise à société suppose de créer une personne juridique nouvelle, qui a son propre numéro SIREN. Dans l’ordre, voici ce qu’il faut prévoir :

  1. Rédiger les statuts de l’EURL ou de la SASU, fixer le capital et le déposer en banque.
  2. Publier l’annonce légale et immatriculer la société par le guichet unique des formalités.
  3. Radier la micro-entreprise, une fois la société immatriculée, pour ne pas laisser un trou dans votre facturation.
  4. Déclarer à l’Urssaf le chiffre d’affaires de la dernière période en micro.

La clientèle ne suit pas automatiquement. Vos contrats en cours doivent être repris par avenant ou refaits au nom de la société, et vos factures porteront désormais le nouveau SIREN. Matériel, marque et noms de domaine peuvent être apportés ou cédés à la société : faites valider ce montage par un comptable.

Côté aides, l’ACRE obtenue en micro ne se transfère pas. Pour une activité démarrée depuis le 1er juillet 2026, l’exonération est de 25 % au lieu de 50 %, selon Le Freelance. Vérifiez auprès de l’Urssaf si la création de la société vous rouvre un droit, et consultez notre guide ACRE : conditions, taux et démarches.

Pièges à éviter : comptable, trésorerie et protection sociale différente

Le premier piège est le comptable. En société, vous tenez une comptabilité complète, vous établissez un bilan chaque année et vous suivez la TVA. Budgétez-le dès le départ, au lieu de le découvrir à la première échéance.

Le deuxième tient à la trésorerie. En micro, les cotisations suivent vos encaissements : pas de chiffre d’affaires, pas de charges. En EURL, le régime des indépendants calcule des cotisations provisionnelles à partir du revenu de l’année précédente, réclamées même si l’année en cours est plus faible. En SASU, les charges sociales tombent à chaque salaire versé.

Conseil : prenez vos douze derniers mois, relevez votre chiffre d’affaires et vos charges réelles, puis refaites le comparatif de cet article avec vos propres taux. Demandez ensuite deux devis de comptable : si l’écart de rendement ne couvre pas leur coût annuel, restez en micro.

Le troisième piège concerne la protection sociale. Le dirigeant de SASU relève du régime général, avec des droits à la retraite et à la maladie différents de ceux d’un indépendant, mais sans assurance chômage. L’EURL, elle, garde le régime des travailleurs indépendants. Comparez les garanties avant de choisir, pas seulement le net en poche.

Peut-on rester en micro-entreprise en dépassant le plafond ? La règle des deux années

Oui, mais pas indéfiniment. D’après Bercy, un premier dépassement de seuil en année N ne change rien : le régime micro s’applique encore l’année suivante. En revanche, un dépassement deux années consécutives vous fait perdre le régime fiscal de la micro-entreprise au 1er janvier de l’année qui suit.

Vous passez alors au régime réel (simplifié ou normal pour les activités commerciales, déclaration contrôlée pour les libéraux) et au régime social des indépendants. Un bilan comptable devient obligatoire et l’abattement forfaitaire disparaît.

La TVA fonctionne autrement. Si vous franchissez le seuil de tolérance (41 250 € en services, 93 500 € en vente), la TVA s’applique dès le premier jour du mois du dépassement. Il faut donc facturer la TVA et la déclarer sans attendre, ce qui complique la gestion et peut vous faire perdre un avantage tarifaire face à des clients particuliers. Pour une première année incomplète, les plafonds sont proratisés au nombre de jours d’activité (environ 62 986 € en services pour une création au 1er avril, par exemple).

Dépasser une fois le plafond n’impose donc pas de se précipiter. Mais mieux vaut anticiper : créer la société en milieu d’année pour être prêt au 1er janvier est plus confortable que de subir la bascule.

Décision : un arbre simple en 4 questions

Répondez dans l’ordre, en vous arrêtant dès qu’une question vous donne la solution.

  1. Vos charges réelles dépassent-elles 25 % de votre chiffre d’affaires ? Si oui, une société devient rentable bien avant 64 000 € : chiffrez-la dès maintenant. Si non, passez à la question 2.
  2. Votre chiffre d’affaires dépasse-t-il 64 000 € ou approche-t-il 83 600 € ? Si oui, l’EURL ou la SASU est à étudier sérieusement. Sinon, restez en micro.
  3. Voulez-vous laisser une partie du résultat dans la société ou vous rattacher au régime général ? Si oui, la SASU est la piste. Sinon, passez à la question 4.
  4. Préférez-vous des cotisations plus faibles et une gestion plus simple ? Alors l’EURL est le choix logique, avec ou sans associé plus tard.

Gardez en tête que ce résultat est une photographie : un chiffre d’affaires en forte hausse ou un gros achat de matériel prévu l’an prochain peuvent faire basculer la réponse. Refaites l’arbre à chaque clôture annuelle, en comptant honnêtement vos charges, et notez la date à laquelle vous passeriez le seuil de 64 000 € au rythme actuel.

Si vous hésitez encore, comparez aussi avec le portage salarial grâce à notre article micro-entreprise ou portage salarial.

FAQ passer de micro-entreprise à société : vos questions

Puis-je conserver mon numéro SIRET en créant une société ?

Non. Une société est une personne morale distincte et reçoit son propre SIREN à l’immatriculation. Votre micro-entreprise garde l’ancien numéro jusqu’à sa radiation.

Puis-je cumuler une micro-entreprise et une société ?

Rien ne l’interdit dans le principe, à condition que les activités soient distinctes. Facturer la même activité par les deux structures pose problème : faites valider votre montage par un expert-comptable.

Dois-je attendre de dépasser le plafond pour créer ma société ?

Non. Vous pouvez basculer dès que votre calcul le justifie, par exemple avec de fortes charges réelles. Attendre n’est utile que si la micro reste plus rentable, jusqu’à la règle des deux années de dépassement.

Puis-je gérer une EURL ou une SASU sans comptable ?

Ces sociétés doivent établir des comptes annuels et suivre la TVA. Juridiquement rien ne vous impose un expert-comptable, mais en pratique la plupart des dirigeants en prennent un pour éviter les erreurs.

Sources

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